♦ MESSAGES: 22 ♦ AVATAR: henry cavill ♦ CRÉDITS: hexactic
Sujet: tu peux jeter la pierre ; moi je ne sentirai rien - r. Sam 31 Déc - 3:26
Mon regard croisa celui de Swann et un courant électrique me traversa l'échine, me transperça le cœur. Je baissai tout de suite les yeux sur mon dossier, celui dont l'équipe parlait en ce moment autour de la table. Il fallait que je me concentre ; il ne m'aidait pas. Je parcourus du regard les photos du crime ensanglanté, comme pour me refroidir le corps et l'esprit. Rien de mieux que des cadavres pour vous enlever tout désir d'amour et d'affection. Le meilleur "turn-off" qui puisse exister. Je ne le regardai pas de tout le reste de la réunion mais je sentais que son regard se posait souvent sur moi, bien que brièvement. Quand l'un des inspecteurs regarda sa montre et déclara qu'il était temps de se remettre sérieusement au boulot chacun de notre côté avec les informations mises en commun cet après-midi, je ramassai mes papiers et me levai rapidement. En quittant la salle, je lançai un regard assez insistant vers Swann, espérant qu'il comprenne que je désirais qu'il me suive. Je poussai la porte de la cage d'escalier la plus proche et je descendis tous les étages de l'immeuble, jusqu'au sous-sol. Là où il faisait froid, là où la mort défraîchie rôdait et là où l'odeur de celle-ci faisait tourner la tête de ceux qui n'y étaient pas habitués. Les couloirs étaient vides et silencieux ; c'était rarement le contraire. Les médecins légistes et les chercheurs se trouvaient soit dans les salles d'autopsie, soit dans les laboratoires. lls quittaient rarement leur poste. Quelques secondes plus tard, j'entendais Swann descendre les dernières marches qui nous séparaient. Je me tournai vers lui et esquivai un baiser de sa part. Je n'étais pas venu ici pour qu'on profite d'un moment de solitude ; je voulais qu'on parle. « Swann il faut que t'arrêtes. » Dis-je en le regardant dans les yeux, même si c'était tellement difficile parce que mes mots contredisaient mes envies. « J'ai pas envie que les autres commencent à se poser des questions. On peut pas se lancer des regards pareils en pleine réunion, ils vont comprendre. » Je soupirai. « Déjà qu'on est souvent vus ensemble à se parler comme ça à voix basse. Tu sais bien que je peux pas, Swann. Je ne veux pas. » Que ça se sache, que mon homosexualité le sache. Ce n'était pas de lui que j'avais honte ; c'était de moi. Il ne semblait pas le comprendre mais moi je le savais. Je lui lançai un regard triste, déchiré et doux à la fois, pour lui faire savoir que j'étais désolé. Désolé d'être trop lâche pour lui, pour nous.
Sujet: Re: tu peux jeter la pierre ; moi je ne sentirai rien - r. Lun 2 Jan - 16:42
Swann avait toujours eu un problème avec l'autorité. Qu'elle émane de son père, de ses frères, d'un vigile au supermarché ou d'un supérieur hiérarchique, sa réaction était toujours la même. Il contournait l'ordre ou bien le transgressait véritablement. C'était plus fort que lui, il ne pouvait pas s'en empêcher. Alors, quand bien même la figure d'autorité du moment se trouvait être Arthur, Swann ne résistait pas à la tentation de trahir certaines règles de sécurité. Il faut dire que l'autre inspecteur ne faisait rien pour arranger les choses. S'il avait voulu que Swann ne puisse pas le regarder, il ne se serait pas assis juste en face de lui, n'est-ce pas ? Dans la tête de Swann, ça coulait de source. Alors oui, de temps en temps, il l'admettait, il laissait son regard s'attarder plus que de raison sur son amant et son esprit se détachait alors de tout le reste, oubliant totalement l'affaire sordide sur laquelle ils étaient en train de travailler. Puis l'air sévère de son boss le ramenait à la réalité, et Swann se détachait à regret de ses pensées - pas souvent sages, il fallait l'avouer. Il se sentait frustré. Quand il voyait Arthur, il ne pouvait jamais prendre son temps. Ils étaient toujours pressés, toujours anxieux d'être surpris, comme si quelqu'un allait débarquer d'une minute à l'autre à la porte de leurs appartements respectifs. Alors là, le voir juste en face de lui, comme ça, forcément, ça ne l'amenait pas à rester calme, au contraire. "Bon. Essayez d'avancer cet après-midi. On se voit demain pour une autre réunion." fit le chef de service. Aussitôt, Swann bondit sur ses pieds et rassembla toutes ses affaires. Il avait envie de parler à Arthur et comptait bien ne pas se faire éjecter. Mais à sa grande surprise, ce fut son amant qui le devança. Pétrifié par ce long regard qui fit aussitôt naître des frissons au creu de son ventre, Swann suivit Arthur à bonne distance afin de ne pas se faire remarquer. La descente fut une longue torture et lorsqu'il se retrouva enfin seul dans les sous-sols avec Arthur - l'idée lui vint que son amant aurait pu choisir un endroit moins glauque ... - il ne se contrôla pas et s'approcha du jeune homme pour quémander un baiser, récompense qu'il estimait bien méritée. Mais quand Arthur le repoussa, il comprit que quelque chose clochait et toute sa bonne humeur retomba d'un seul coup. « Swann il faut que t'arrêtes. » Swann ouvrit la bouche, mais resta muet, offrant un regard furieux aux pupilles sombres de son amant. « J'ai pas envie que les autres commencent à se poser des questions. On peut pas se lancer des regards pareils en pleine réunion, ils vont comprendre. » Swann eut envie de ricaner, mais ça aurait été un rire amer. Si des enquêteurs n'étaient pas capables de comprendre ce qui se passait sous leurs nez, alors ils étaient bien médiocres ... « Déjà qu'on est souvent vus ensemble à se parler comme ça à voix basse. Tu sais bien que je peux pas, Swann. Je ne veux pas. » Et voilà. Encore et toujours la même histoire. Swann sentit la colère lui parcourir les veines. Il se sentait trahi. Et le doux regard de son amant - qui d'habitude l'aurait fait fondre - ne l'adoucit pas. « Je vois. » fit-il, la voix glaciale. Mais il n'allait pas s'arrêter là, maintenant que la colère bouillonnait en plus. « Donc si je comprends bien, il faudrait que j'arrête de te parler, de te regarder ... La prochaine fois quand on sera tous les deux, ce sera quoi ? Je pourrais plus te toucher, c'est ça ? » Swann criait sans s'en rendre compte. Il était malheureux, et il avait beau se dire qu'après tout Arthur ne valait pas la peine qu'il se mette dans des états pareils, il continuait dans sa lancée. « Ben tu sais quoi ? Maintenant que je ne peux plus te regarder, j'irai peut-être voir ailleurs, au moins là, tu seras sûr que personne posera les yeux sur toi ! » Quand Swann était en colère, il était stupide. Et c'était pire quand son coeur était en jeu.
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Sujet: Re: tu peux jeter la pierre ; moi je ne sentirai rien - r. Mer 4 Jan - 2:44
Contrairement à Swann, l'autorité m'avait toujours freinée dans tout ce que je faisais. Quand lui fonçait dans l'interdit et contournait toutes les règles, moi je me pliais aux ordres de mes supérieurs, qu'il s'agisse de mon père, de mes enseignants ou de mes patrons. Le pire était évidemment mon père. Il détenait cette emprise sur moi et le savait pertinemment, et sans pourtant se rendre compte de la cruauté de cette manipulation, il me maniait comme bon lui semblait. Et moi, soumis comme un chien à son maître, je lui obéissais. Voilà pourquoi j'avais si peur que mon homosexualité soit révélée au grand jour ; il ne l'accepterait pas. L'opinion de mon père comptait pourtant tellement à mes yeux et je ne voulais tellement pas le décevoir. Il me semblait inconcevable que je puisse lui créer autant de souffrance, et pourtant, c'était lui qui m'en causait le plus dans l'histoire. Par sa faute, je reniais tout ce que j'étais par peur qu'on ne m'aime plus. C'était la seule raison pour laquelle je voulais tant avoir de l'autorité sur Swann. Je tentais de contrôler tous ses actes car je savais qu'il mettrait mon équilibre en danger s'il ne répondait que de ses envies. Cette attitude faisait de moi le portrait identique de mon père sans même que je m'en rende compte. C'était insoutenable même quand je nageais encore dans l'ignorance. De le voir lutter ainsi contre moi et contre lui-même me brisait le cœur. Je savais pertinemment ce qu'il ressentait : après tout, je l'aimais, Swann. J'avais envie de lui à chaque fois que je le croisais. La distance torturait les papillons qui se déchaînaient au creux de mon ventre. Mon cœur était tiraillé entre l'idée de courir me réfugier dans ses bras et celle de fuir pour ne plus avoir à ressentir ce désir contrôlant. À toutes les fois que je restais chez lui un peu trop tard après que nous ayons fait l'amour comme s'il n'y avait pas de lendemain, j'avais envie de poser ma tête contre la sienne et de m'endormir dans ses bras et à la chaleur de son corps. Pourtant, à chaque fois, je m'imaginais toutes sortes de scénarios qui me poussaient à rassembler mes effets et partir en tornade.
« Je vois. » Dit-il d'une voix qui me glaça le sang. Son regard s'était transformé en feux de colère et je tremblais presque de honte. « Donc si je comprends bien, il faudrait que j'arrête de te parler, de te regarder ... La prochaine fois quand on sera tous les deux, ce sera quoi ? Je pourrais plus te toucher, c'est ça ? » Je secouai la tête en soupirant. Il n'avait vraiment rien compris. Je regardai de tous les côtés pour m'assurer que personne n'écoutait ou ne traînait dans les couloirs ; Swann s'emportait et voilà qu'il criait son mal. « Ben tu sais quoi ? Maintenant que je ne peux plus te regarder, j'irai peut-être voir ailleurs, au moins là, tu seras sûr que personne posera les yeux sur toi ! » Dans un mouvement rapide et pas du tout calculé, j'empoignai son bras avec assez de force, pour le retenir ici puisque je savais qu'il avait envie de partir et de me laisser avec ces paroles en tête. « T'interprètes très mal ce que je dis là ! Tu déformes mes paroles pour mieux m'en vouloir ! » Lui criais-je à mon tour. Je pris une grande inspiration en lui lâchant le bras et je pris un ton plus détendu, même si j'étais loin de l'être. « Swann, putain, tu sais très bien ce que je ressens pour toi. J'ai besoin de toi. J'ai juste besoin d'un peu de temps, merde, si tu m'aimes vraiment tu devrais vouloir m'attendre un peu, non ? » Je me rapprochai un peu plus de lui. « Je ne veux pas que tu ailles voir ailleurs. Je ne veux pas te perdre, Swann. Mais je veux qu'on continue à tenir le reste du monde hors de notre bulle ... pour le moment ... » Je mis ma main sur sa joue et la caressai doucement en soutenant son regard, m'assurant qu'aucun bruit ne se faisait entendre autour.
tu peux jeter la pierre ; moi je ne sentirai rien - r.